Samedi 28-02-2009- HUATULCO-SAN PEDRO TAPANATEPEC – 291 km
Après ces quelques jours de farniente, il est temps d’être « on the road again ». Après leur propre farniente à Puerto Escondido et Puerto Angel, Bernard et Suzanne, Nazir et Johanne, Richard et Manon nous rejoignent à Huatulco. Départ vers San Cristobal que nous ne rejoindrons que le lendemain. Route assez plane et tranquille ce jour-là; nous échappons aux vents qui sont réputés dans la région de La Ventosa et de La Venta; il y a d’ailleurs beaucoup d’éoliennes dans le secteur. Coucher dans un Pemex super bruyant. Les camions y entrent et en ressortent toute la nuit; en plus, toute la nuit, des mangues mûres tombent d’un arbre dont les branches surplombent le camper de Bernard. Nos voisins de camping sont quatre jeunes Mexicains, vendeurs de matelas, lesquels matelas sont empilés debout dans la boîte de leur camionnette; pour la nuit, ils ont rabattu l’un des matelas et trois des jeunes ont couché à la belle étoile, pendant que le dernier dormait dans sa cabine, bobette et bas suspendus à sa fenêtre. Pittoresque!
Dimanche 01-03-2009- SAN PEDRO TAPANATEPEC- CHIAPA DE CORZO – 166 km
Avant d’entrer dans le Chiapas, une inspection militaire coûte une lampe frontale à Manon et Richard. Le militaire trouvait que cela pourrait lui être utile et a demandé un « regalo » : difficile de refuser. Que voulez-vous? Aujourd’hui, nous n’échappons pas aux vents; en fait, ils sont assez violents, sur cette route de montagnes, pour nous forcer à ralentir; un de nos essuie-glaces est même emporté dans la nature. Heureusement, Richard, notre mécanicien maison, a la bonne idée d’utiliser l’essuie-glace arrière (qui fonctionne sur un moteur indépendant) pour remplacer le fugueur, car évidemment, de façon très exceptionnelle, quasi pour faire exprès, il pleut un peu ce jour-là!
Nous passons par Tuxtla-Gutierrez, la capitale du Chiapas, en ne nous arrêtant que pour faire l’épicerie; il y a là l’un des plus beaux jardins zoologiques d’Amérique latine, mais la visite sera pour une autre fois! Notre objectif est de coucher sur le site de départ des croisières du Canyon de Sumidero, car nous débuterons la journée de demain avec cette excursion.
La croisière a lieu le lundi matin. 35 km en aller-retour au fond du canyon. Cette faille impressionnante a des parois rocheuses qui s’élèvent parfois à plus de 1000 mètres, enserrant les eaux du rio Grijalva. La légende dit que, pour échapper à la domination espagnole, les Indiens de cette région du Chiapas ont fui sur les hauteurs du canyon et que certains ont même préféré se jeter dans le canyon plutôt que de se soumettre à leurs poursuivants.
Au fil du parcours, on voit des spécimens de la faune du Chiapas : échassiers, singes et même un crocodile. Le point de retour de la promenade est marqué par le barrage hydro-électrique Manuel Moreno Torres, aussi nommé Chicoasén, avec son mur de 260 mètres.
Lundi 02-03-2009- CHIAPA DE CORZO-SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS – 64 km
La route vers San Cristobal est réputée pour être montagneuse et sinueuse. Par mesure de prévention, (étourdissements pour Stéphane et vertige pour Lisette), ceux-ci décident de prendre la « cuota », les routes payantes étant généralement plus larges et un peu moins sinueuses; malgré tout, ça monte de façon constante pendant 45 minutes. Les vues sur la vallée deviennent de plus en plus spectaculaires au fur et à mesure de l’ascension. Les autres membres du groupe prennent la « libre » et nous rejoignent à destination 30 minutes plus tard. Les routes « libre » sont généralement assez belles, mais sont parsemées de « tope » (dos d’âne), ce qui ralentit le rythme (et use les freins), parfois significativement lorsque la route traverse plusieurs villages. Par contre, elles sont gratuites, alors que les « cuota » ne le sont pas, le tarif pour les motorisés étant la plupart du temps un peu plus que le double de ce qui est facturé aux voitures (et aux véhicules de la grosseur des « West »); pour certains trajets, cela peut représenter une jolie somme!
San Cristobal est située à 6900 pieds d’altitude. Première surprise : il fait beaucoup plus frais à cette altitude et certains échangent vite leurs shorts pour des pantalons, troquent leur camisoles pour la petite laine. Deuxième SURPRISE, et non la moindre : le camping prévu est complet car une caravane s’y est arrêtée. En théorie, l’autre camping de la ville n’est accessible qu’aux petits véhicules : les rues de San Cristobal sont trop étroites pour que les gros motorisés puissent s’y promener. En « West », avec Richard et Bernard, nous nous rendons donc au Rancho San Nicolas ; la proprio du camping nous assure qu’il y a une route praticable pour les gros motorisés et nous précède en voiture pour nous l’indiquer; Richard et Bernard la juge acceptable, sauf que sur 200 mètres, il y a une rue super étroite à parcourir. Deux véhicules sont déjà stationnés dans cet espace restreint et c’est au centimètre près que les trois habiles conducteurs négocient le passage. Soulagement!
Toute cette recherche et ces « viraillages » nous ont pris deux heures et le soleil est sur le point de se coucher. Troisième surprise : les soirées ne sont pas seulement fraîches, mais carrément froides. Il fait au maximum 50C. Stéphane s’habille en conséquence : jeans, chandail, polar, coupe-vent, foulard, tuque et gants. On se croirait au Québec! Malgré des journées ensoleillées et chaudes, les trois nuits passées à San Cristobal seront très froides et le contraste est grand avec les chaleurs torrides de la côte du Pacifique.
Mardi 03-03-2009- SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS
Pour un peu plus que les 20 pesos réglementaires pour tout trajet dans les limites de la ville, un taxi nous dépose au centre, pour une visite de San Cristobal. Capitale du Chiapas jusqu’en 1829, San Cristobal a été fondée le 31 mars 1528, sous le nom de Villa Real de Chiapa, par Diego de Mazariegos ; elle a changé de nom à quelques reprises au 16è, 17è et 18è siècle; elle a aussi appartenu à des territoires différents, notamment à l’état du Yucatan et au Guatemala voisin. Le patrimoine colonial de la ville, le riche passé maya et la vivacité des traditions indigènes sont encore très présents. Le nom actuel de la ville rend hommage à Bartolomé de Las Casas, qui a fait un bref séjour dans cette région mais a toujours été un ardent défenseur des Indiens.
Dès l’arrivée au zocalo, nombre de vendeurs et vendeuses nous assaillent. Nous sommes sauvés par une agente de tourisme de la municipalité, qui nous a vite repérés et nous donne toute sorte d’informations utiles, en plus d’une carte de la ville. Suivant ses conseils, nous visiterons le musée de l’ambre, puis celui du jade; magnifique spécimens exposés dans ces deux musées.
Pendant notre repas dans un resto, une adolescente de 14 ans, aux allures de petite fille, nous tient son baratin avec un talent fou pour la vente. Elle s’exprime en français, qu’elle a appris au contact des touristes, dit-elle. L’un des états les plus pauvres, le Chiapas est le royaume de la débrouille; plusieurs enfants, parfois très jeunes, contribuent au revenu familial en vendant aux touristes l’artisanat qu’eux-mêmes et/ou leurs parents fabriquent. Tous les enfants auxquels nous avons posé la question nous disent qu’ils vont à l’école, mais il est permis d’en douter parfois, en constatant l’heure précoce de la matinée (ici, l’école se termine souvent vers midi). Que de talent gaspillé, tout de même! Nous succombons au charme de Cristina et lui achetons de ses petites poupées aimantées.
Le Mercado Abierto de Artesanias Indigenas est plein de produits venant des alentours, même de villages du Guatemala; très colorés. Les étalages sont beaux. Quelques achats sont inévitables! Une visite au musée de la médecine maya terminera cette belle journée; nous y verrons un accouchement effectué avec l’aide d’une sage-femme, la mère agenouillée entre les jambes de son mari, lui-même assis, qui enserre le ventre avec ses jambes, effectuant ainsi un massage bénéfique. Nous apprendrons aussi quelques notions des traitements effectués par les « guérisseurs », mélange de traitements médicinaux aux herbes, de prières et d’incantations accompagnées de mouvements corporels et d’un allumage rituel de bougies (forme, grosseur et quantité des bougies variant selon le type de maladie et/ou de demande), de purifications à l’aide de Coca-cola ou autre boissons gazeuses (les rots font « sortir le méchant »). Nous nous préparons sans le savoir à notre visite à l’église de Chamula où nous serons témoins de ces rites religieux.
Mercredi 04-03-2009- ZINACANTAN ET CHAMULA
En taxi et en « colectivo », nous nous rendons successivement dans deux villages d’origine tzotzile, un groupe ethnique maya. Ces villages sont situés à une dizaine de kilomètres de San Cristobal et, comme dans toutes les communes tzetzales et tzotziles des hautes terres du Chiapas, les habitants conservent leurs anciennes traditions politico-religieuses et sociales. Leur habillement quotidien est caractéristique; tous, adultes comme enfants, portent le costume traditionnel en lainage noir, magnifiquement brodé, dans des teintes qui changent à chaque année (bleu cette année), mais qui sont uniformes pour une année donnée.
À Zinacantan, nous sommes accueillis par une demi-douzaine de jeunes adolescentes. Elles désirent toutes nous convaincre de les suivre chez elles, pour nous faire voir les tissages et les broderies réalisés par leur mère et nous faire goûter la cuisine locale. Incapables d’en décevoir l’une plus que l’autre, nous nous séparons en 3 groupes; Suzanne, Bernard, Lisette et Stéphane iront chez Lucia, chacun des deux autres couples en suivant deux autres. Tous reviendront avec des articles achetés dans ces boutiques qui n’en ont pas l’air, puisque nous pénétrons dans l’espace de vie de la famille.
Lucia est proactive : elle insiste pour que nous revêtions des vêtements traditionnels; Bernard et Suzanne revêteront les habits des mariés, tandis que Lisette et Stéphane auront le rôle et les habits des parents des mariés; elle prend notre photo et accepte ensuite que nous la photographions avec sa mère et ses sœurs; son jeune frère, lui, ne veut pas être inclus; le père est pour sa part plutôt fuyant. Nous goûtons quelques tortillas, avec fromage-maison et graines de citrouille moulues. Une expérience et des personnes dont nous nous souviendrons. Lucia Perez Perez a 14 ans, est en secondaire III et veut poursuivre ses études afin d’être maîtresse d’école. Nous lui souhaitons de réussir, et surtout, de ne pas perdre la petite flamme dans son regard. Certaines de ces femmes tzotziles, qui arpentent les rues des grandes villes de la péninsule du Yucatan pour vendre leur artisanat, ont le regard complètement éteint et semblent avoir perdu toute joie. On voit même ce regard abattu chez certains enfants, visiblement affectés par un sort auquel il est difficile d’échapper; on peut penser qu’il soit pénible à certains d’affronter les refus répétés des touristes, certainement plus fréquents que les ventes effectives.
À Chamula, le Templo de San Juan Bautista est un phénomène intéressant et un peu troublant. Des rites païens mayas fusionnent avec la religion catholique, brisant tous les schémas établis par l’Église occidentale. À l’intérieur de chaque côté, il y a une quarantaine de statues de saints, parés selon les anciennes traditions indiennes : rubans de couleurs et, pendus à leur cou, miroirs symbolisant l’œil sacré qui voit tout. Il n’y a ni prêtre ni messes; chacun va prier son saint préféré, debout devant la statue ou agenouillé par terre; il n’y a aucun banc dans l’église, qui sert surtout à des exorcismes et guérisons de chamans. Il y a une multitude de cierges allumés sur des tables ou bien par terre, pour les raisons qu’on nous a expliqués hier au musée maya. On entend les gens prier en récitant dans leur langue des litanies interminables. Avec un enfant ou une poule dans les bras (rite de purification), ils boivent aussi du coca-cola; comme mentionné précédemment, il s’agit d’expulser les mauvais esprits. À Zinacantan, les gens préféraient le pepsi tout en ayant une pratique religieuse plus près du catholicisme traditionnel.
Jeudi 05-03-2009- SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS-AGUA AZUL – 160 km
Rivières, vallées, montagnes, forêts, grottes, cascades, côtes et plaines forment l’environnement naturel du Chiapas, l’un des plus fascinants états du Mexique. Nous découvrons cette nature très verdoyante et variée sur notre route vers Agua Azul, assurément l’une des plus belles depuis le début du voyage. Le Chiapas compte plus de cent rivières qui, à travers de quatre grandes branches, parcourent l’état du nord au sud et d’est en ouest; elles représentent le tiers du réseau fluvial de tout le pays. Le courant de leurs eaux a donné naissance à de nombreuses cascades, dont celle où nous conduit notre descente vers des lieux moins élevés que San Cristobal. Agua Azul, splendide cascade sur la rivière Tulija ou Shumulija, porte bien son nom : elle est d’un bleu variant entre le turquoise et celui du « bleu à laver », ce qui n’est pas sans nous rappeler la couleur de certains lacs et rivières albertains. Elle tombe d’une grande hauteur, par paliers successifs, en formant des piscines naturelles, dans lesquelles il est possible de se baigner. La cascade est bordée d’un sentier aménagé qui, sous un couvert verdoyant, la longe sur plus d’un kilomètre ; le désavantage est que ce sentier est aussi bordé de restaurants et boutiques de souvenirs, ce qui enlève malheureusement à l’aspect sauvage des lieux. Néanmoins, en choisissant de se concentrer sur la rivière, on peut encore apprécier la beauté de ce paysage merveilleux.
Nous camperons sur le site. Nos voisins sont des Italiens d’un certain âge (ça veut maintenant dire un peu plus que le nôtre!), voyageant dans deux campers assez robustes aux allures de chars d’assaut. Leur périple a débuté en janvier 2008, la traversée les menant d’abord à Buenos Aires; de là, ils sont allés jusqu’à la Terre de Feu, avant de remonter vers le Mexique par la côte Pacifique de l’Amérique du sud. Ils comptent remonter la côte ouest des États-Unis jusqu’en Alaska; leur voyage, partiellement commandité par toutes sortes d’entreprises italiennes et internationales, devrait se terminer à New York en décembre 2009. Comme quoi les voyages forment la vieillesse!
Vendredi 06-03-2009- AGUA AZUL- PALENQUE– 75 km
En route vers Palenque, nous dînerons à la cascade de Misol-Ha. D’une grande hauteur, cette chute se précipite dans un bassin en cuvette. Un sentier passe entre la chute et la paroi rocheuse et mène dans une grotte où il y a une autre cascade. Ceux d’entre nous qui se sont rendus à la grotte ont pu, sous la houlette d’un guide, entendre le bruit assourdissant de la cascade intérieure et apercevoir les grappes de chauves-souris qui habitent les lieux. Cette chute et ce bassin sont célèbres pour être ceux où plongeait Tarzan, dans la version originale du film (1939).
Dix-huit kilomètres plus loin, nous voici au camping de l’hôtel-restaurant Mayabell, près des ruines de Palenque. L’un des plus beaux et des plus agréables campings où nous ayons séjourné au Mexique. La piscine est sertie dans un décor de nature tropicale et est fort appréciée. Nos voisins du site d’en face sont les Church (Terri et Mike), les auteurs de la bible sur les campings mexicains. D’ailleurs, ils étaient aussi nos voisins à Oaxaca et nous les avons croisés dans les rues de San Cristobal. Nous découvrons qu’ils se passionnent depuis peu pour l’ornithologie. Ce couple a aussi écrit un volume sur les campings en Alaska et en Europe; ils ont leur propre maison d’édition. Nous sommes jaloux de leur connexion internet par satellite. Constamment sur la route, ils doivent disposer de cet outil sophistiqué; ils voyagent cependant dans un motorisé assez modeste (caravane pilée ou portée), en tirant une jeep qui facilite leurs déplacements locaux. Ils complètent actuellement leur grande tournée du Mexique, en vue d’une mise à jour de leur livre, à paraître en 2009.
Nous avons aussi fait la connaissance de Bonnie et Jim, de St-John, Terre-Neuve. Ils ont acheté, d’un ami, un motorisé dont ils ont pris possession au Texas, avant de le traverser au Mexique; ils comptent le remiser au Texas et prendre l’avion pour rentrer. Lui est marchand de bateaux (plaisance, pêche et utilitaires) et fait aussi ses affaires par Internet, même en vacances; il doit être assez bon vendeur car il a déjà vendu un brise-glaces au Bangladesh!
Tous les soirs de 20h00 à 22h00, il y a des musiciens qui présentent leur numéro au restaurant-palapa situé à proximité de nos sites de camping. Durant les trois soirs où nous camperons là, au moins une heure sur deux procurera un bon spectacle. Mais, le concert par excellence, celui qui nous impressionnera le plus, c’est celui que nous font les singes-hurleurs, chaque nuit vers le petit matin : les « machos », les chefs de bande de cette variété de singes plutôt délicats, émettent un son unique, un grondement très puissant qui évoque le rugissement d’un féroce félin, et qui peut s’entendre à deux kilomètres la ronde. Ils habitent la forêt qui encercle le camping et le site archéologique et c’est donc d’assez près que nous les entendons; malheureusement, nous n’avons pas réussi à les voir; mais on nous dit qu’ils sont à peine plus gros que ceux que nous avons photographiés à distance lors de notre excursion dans le Canyon del Sumidero (voir la photo sur l’album no 8)
Samedi 07-03-2009- PALENQUE
Journée consacrée à la visite des ruines de Palenque, inscrites au Patrimoine mondial de l’humanité depuis une vingtaine d’années. Ce site archéologique est l’un des plus remarquables spécimens de l’art maya. Dès le 18è siècle, les Européens connaissaient l’existence d’une cité enfouie au cœur de la forêt et de célèbres voyageurs du 19è siècle ont laissé des témoignages concernant les merveilles architecturales qu’ils avaient découvertes. Entre les années 600 et 900 de notre ère, désignée comme la Période classique de l’histoire de la Méso-Amérique, Palenque fut la capitale d’une zone très étendue. Elle connut son apogée au 7è siècle de notre ère, notamment sous le règne du roi Pakal (Bouclier solaire), qui la gouverna de 680 à 720 et auquel succéda son fils aîné, Chan Bahlum (Serpent-Jaguar). C’est à cette époque qu’a été construit le Temple des Inscriptions, grandiose pyramide à huit corps superposés, qui fut pour les archéologues, une véritable mine de découvertes et d’informations, notamment par les inscriptions en fins bas-reliefs de la partie haute. Du sanctuaire érigé au sommet de la pyramide, un escalier descend jusqu’à une crypte scellée d’une pierre triangulaire, découverte en 1952, au centre de laquelle se trouvait le sarcophage du roi Pakal, lui même couvert d’une pierre monolithique sculptée; c’est le monument funéraire le plus spectaculaire du Mexique préhispanique et on en trouve une reproduction au Musée national d’Anthropologie à Mexico; le monolithe original est conservé au Musée du site de Palenque, sous verre, à température contrôlée, et on peut la voir à travers une paroi de verre qui épouse la forme et les dessins de la tombe originale
Située dans les collines, la zone archéologique correspond au centre cérémoniel de la grande cité maya et couvre une superficie de 500 mètres par 300 mètres ; les experts pensent que la cité pouvait s’étendre sur une longueur de 8 kilomètres, la majorité des bâtiments demeurant encore enfouis sous la forêt qui les a grignotés et recouverts après le déclin de la ville. C’est donc dans la forêt que débute la visite que nous faisons avec Juan, le guide que nous engageons; celui-ci s’exprime en espagnol, mais aura la gentillesse de parler lentement, avec des mots simples, sans néanmoins lésiner sur les informations. Dans la forêt, Juan, dont le grand-père est botaniste, nous identifie les espèces d’arbres les plus précieuses (ceiba ou fromager, l’arbre sacré des Mayas, cèdre rouge, cèdre blanc, palo mulato; il nous indique aussi le laurier –immense, rien à voir avec nos lauriers-roses-, l’amargosa, l’arbre à caoutchouc (je ne sais pas s’il s’agit du hévéa ou d’une autre variété), etc. C’est de ce latex que se servaient les Mayas pour fabriquer le stuc qu’ils utilisaient pour les fresques dont ils ornaient leurs temples et bâtiments : caoutchouc, sable, pierre moulue, coquillages réduits en poudre et eau, voilà la recette! Nous sommes en forêt tropicale et les arbres sont couverts de diverses plantes épiphytes; Manon et Joanne en profitent pour tenter une imitation de Jane et se balancer grâce aux lianes!
Outre le Temple des Inscriptions, nous voyons avec Juan le temple de la Tête de mort, le Temple de la Croix, le Temple de la Croix foliée, le Temple du Soleil; nous admirons certaines techniques de construction : l’arc maya, sans pierre de voûte, construit avec des pierres en forme de L, qui s’imbriquent les unes dans les autres de telle manière qu’elles sont une clé l’une pour l’autre et que chaque côté de l’arc est autoportant, un côté pouvant s’effondrer sans que l’autre n’en soit affecté; trous de ventilation en forme de T ( signe du dieu des vents); trou dans les immenses blocs de faîte, révélant que les pierres étaient palantées jusqu’au sommet. Nous visitons le Palais, construit durant plus de quatre siècles pour servir de résidence aux rois de Palenque. Reposant sur un soubassement en forme de trapèze de 100 mètres de long par 80 mètres de large, il s’agit d’un assemblage de patios, galeries et chambres, dominé par une tour carrée de quatre étages, laquelle servait peut-être de poste d’observation astronomique ou de poste de guet; on trouve, dans ce Palais, des bains de vapeur, des « toilettes », un système de drainage, des trous ménagés dans le sol amenant l’eau vers un grand aqueduc souterrain. Dans la cour, on admire un magnifique bas-relief, qui représente la mère de Pakal lui remettant un grand panache, symbole du pouvoir.
Dans toutes ces constructions, qui s’articulent autour d’une grande place, la représentation de la figure humaine est une constante que l’on retrouve sur les stèles, sur les linteaux adossés aux murs et sur les reliefs modelés en stuc. Le Musée du site expose aussi une quantité d’objets découverts lors des fouilles, notamment des têtes en stuc, et aussi des masques en jade et en nacre trouvés parmi les offrandes funéraires. Tout cela révèle l’idée que les Mayas se faisaient de la beauté : crâne allongé, yeux en amande, nez aquilin, front large et petit menton. Ils pratiquaient volontairement une déformation du crâne (en appliquant des pierres plates tenues en étau de chaque côté de la tête), peu après la naissance pour obtenir cette déformation allongée du crâne; dans leurs croyances, l’homme émergeait de l’épi de maïs et la coiffe que portaient les nobles évoque d’ailleurs le feuillage du maïs, plante sacrée, associée à l’astre et au dieu solaire; l’homme dont le crâne était allongé était réputé béni et proche des dieux, plus proche du supra-monde que de l’inframonde. Ils provoquaient aussi (ou ainsi?) le strabisme, également considéré comme un critère de beauté. Les personnes qui naissaient avec ces caractéristiques, notamment ceux atteint de trisomie 21, étaient respectées et traitées avec déférence.
À la fin de notre visite avec Juan, nous sommes approchés par une archéologue française, qui vit au Mexique depuis dix ans, et qui, en lien avec l’Unesco, s’implique auprès de communautés mayas du Chiapas. Elle veut notre collaboration pour répondre à une enquête, objet de sa recherche. Nous la questionnons à notre tour, car nous constatons, en tentant de répondre à ses questions, que nous savons encore peu de choses des Mayas d’aujourd’hui. En route vers Palenque, nous avions traversé une grande et jolie communauté agricole, dont les lots étaient délimités par des clôtures en bois; au point d’entrée de cette agglomération, il y avait une affiche disant que ces terres avaient été récupérées en 93-94; au Chiapas, dans l’année précédente, il y avait eu des révoltes et des revendications qui, nous confirme notre archéologue, ont abouti à ces accords. Mais, les Indiens du Chiapas estiment recevoir moins du fédéral que les autres états du Mexique qui attirent les touristes. De plus, selon des recherches, il semble que 80% des dépenses faites par les touristes au Chiapas ne profitent pas aux habitants de cet état, ne restent pas chez eux. C’est ce qui explique que l’attitude de certains indiens, surtout au Chiapas ne soient pas toujours amicale envers les touristes.
Nous terminons notre journée en marchant vers le Musée, qui est situé près de notre camping. Ceci nous permet de voir encore certaines ruines, excentriques par rapport à celles du centre cérémoniel, ruines qui correspondent à ce qui reste des habitations de ceux qui n’appartenaient pas à la classe des nobles et des prêtres. La piscine est à l’honneur au retour! Comme souvent, une vague odeur de pot flotte dans l’air à proximité de la piscine. On doit mentionner que le camping comporte une zone réservée aux « marcheurs », qui dorment, soit sous la tente, soit dans le hamac suspendu dans la petite palapa qui occupe chacun des sites de cette zone (un peu comme le lean-to de certains « state parks » américains). Plus de jeunes bohèmes et aussi, de vieux beatniks, dans cette zone du camping qui est fort typique et bien aménagée.
Dimanche 08-03-2009- PALENQUE
En cette Journée internationale de la femme, corvée de lavage et de ménage en matinée. Heureusement, farniente et lecture en après-midi!
Dernière note : au départ de Palenque, Stéphane aperçoit une publicité devant le concessionnaire VW; une Jetta neuve à 120 000 pesos (environ 11 000$cdn). Il voudrait bien en exporter une au Québec à ce prix-là!
Après ces quelques jours de farniente, il est temps d’être « on the road again ». Après leur propre farniente à Puerto Escondido et Puerto Angel, Bernard et Suzanne, Nazir et Johanne, Richard et Manon nous rejoignent à Huatulco. Départ vers San Cristobal que nous ne rejoindrons que le lendemain. Route assez plane et tranquille ce jour-là; nous échappons aux vents qui sont réputés dans la région de La Ventosa et de La Venta; il y a d’ailleurs beaucoup d’éoliennes dans le secteur. Coucher dans un Pemex super bruyant. Les camions y entrent et en ressortent toute la nuit; en plus, toute la nuit, des mangues mûres tombent d’un arbre dont les branches surplombent le camper de Bernard. Nos voisins de camping sont quatre jeunes Mexicains, vendeurs de matelas, lesquels matelas sont empilés debout dans la boîte de leur camionnette; pour la nuit, ils ont rabattu l’un des matelas et trois des jeunes ont couché à la belle étoile, pendant que le dernier dormait dans sa cabine, bobette et bas suspendus à sa fenêtre. Pittoresque!
Dimanche 01-03-2009- SAN PEDRO TAPANATEPEC- CHIAPA DE CORZO – 166 km
Avant d’entrer dans le Chiapas, une inspection militaire coûte une lampe frontale à Manon et Richard. Le militaire trouvait que cela pourrait lui être utile et a demandé un « regalo » : difficile de refuser. Que voulez-vous? Aujourd’hui, nous n’échappons pas aux vents; en fait, ils sont assez violents, sur cette route de montagnes, pour nous forcer à ralentir; un de nos essuie-glaces est même emporté dans la nature. Heureusement, Richard, notre mécanicien maison, a la bonne idée d’utiliser l’essuie-glace arrière (qui fonctionne sur un moteur indépendant) pour remplacer le fugueur, car évidemment, de façon très exceptionnelle, quasi pour faire exprès, il pleut un peu ce jour-là!
Nous passons par Tuxtla-Gutierrez, la capitale du Chiapas, en ne nous arrêtant que pour faire l’épicerie; il y a là l’un des plus beaux jardins zoologiques d’Amérique latine, mais la visite sera pour une autre fois! Notre objectif est de coucher sur le site de départ des croisières du Canyon de Sumidero, car nous débuterons la journée de demain avec cette excursion.
La croisière a lieu le lundi matin. 35 km en aller-retour au fond du canyon. Cette faille impressionnante a des parois rocheuses qui s’élèvent parfois à plus de 1000 mètres, enserrant les eaux du rio Grijalva. La légende dit que, pour échapper à la domination espagnole, les Indiens de cette région du Chiapas ont fui sur les hauteurs du canyon et que certains ont même préféré se jeter dans le canyon plutôt que de se soumettre à leurs poursuivants.
Au fil du parcours, on voit des spécimens de la faune du Chiapas : échassiers, singes et même un crocodile. Le point de retour de la promenade est marqué par le barrage hydro-électrique Manuel Moreno Torres, aussi nommé Chicoasén, avec son mur de 260 mètres.
Lundi 02-03-2009- CHIAPA DE CORZO-SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS – 64 km
La route vers San Cristobal est réputée pour être montagneuse et sinueuse. Par mesure de prévention, (étourdissements pour Stéphane et vertige pour Lisette), ceux-ci décident de prendre la « cuota », les routes payantes étant généralement plus larges et un peu moins sinueuses; malgré tout, ça monte de façon constante pendant 45 minutes. Les vues sur la vallée deviennent de plus en plus spectaculaires au fur et à mesure de l’ascension. Les autres membres du groupe prennent la « libre » et nous rejoignent à destination 30 minutes plus tard. Les routes « libre » sont généralement assez belles, mais sont parsemées de « tope » (dos d’âne), ce qui ralentit le rythme (et use les freins), parfois significativement lorsque la route traverse plusieurs villages. Par contre, elles sont gratuites, alors que les « cuota » ne le sont pas, le tarif pour les motorisés étant la plupart du temps un peu plus que le double de ce qui est facturé aux voitures (et aux véhicules de la grosseur des « West »); pour certains trajets, cela peut représenter une jolie somme!
San Cristobal est située à 6900 pieds d’altitude. Première surprise : il fait beaucoup plus frais à cette altitude et certains échangent vite leurs shorts pour des pantalons, troquent leur camisoles pour la petite laine. Deuxième SURPRISE, et non la moindre : le camping prévu est complet car une caravane s’y est arrêtée. En théorie, l’autre camping de la ville n’est accessible qu’aux petits véhicules : les rues de San Cristobal sont trop étroites pour que les gros motorisés puissent s’y promener. En « West », avec Richard et Bernard, nous nous rendons donc au Rancho San Nicolas ; la proprio du camping nous assure qu’il y a une route praticable pour les gros motorisés et nous précède en voiture pour nous l’indiquer; Richard et Bernard la juge acceptable, sauf que sur 200 mètres, il y a une rue super étroite à parcourir. Deux véhicules sont déjà stationnés dans cet espace restreint et c’est au centimètre près que les trois habiles conducteurs négocient le passage. Soulagement!
Toute cette recherche et ces « viraillages » nous ont pris deux heures et le soleil est sur le point de se coucher. Troisième surprise : les soirées ne sont pas seulement fraîches, mais carrément froides. Il fait au maximum 50C. Stéphane s’habille en conséquence : jeans, chandail, polar, coupe-vent, foulard, tuque et gants. On se croirait au Québec! Malgré des journées ensoleillées et chaudes, les trois nuits passées à San Cristobal seront très froides et le contraste est grand avec les chaleurs torrides de la côte du Pacifique.
Mardi 03-03-2009- SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS
Pour un peu plus que les 20 pesos réglementaires pour tout trajet dans les limites de la ville, un taxi nous dépose au centre, pour une visite de San Cristobal. Capitale du Chiapas jusqu’en 1829, San Cristobal a été fondée le 31 mars 1528, sous le nom de Villa Real de Chiapa, par Diego de Mazariegos ; elle a changé de nom à quelques reprises au 16è, 17è et 18è siècle; elle a aussi appartenu à des territoires différents, notamment à l’état du Yucatan et au Guatemala voisin. Le patrimoine colonial de la ville, le riche passé maya et la vivacité des traditions indigènes sont encore très présents. Le nom actuel de la ville rend hommage à Bartolomé de Las Casas, qui a fait un bref séjour dans cette région mais a toujours été un ardent défenseur des Indiens.
Dès l’arrivée au zocalo, nombre de vendeurs et vendeuses nous assaillent. Nous sommes sauvés par une agente de tourisme de la municipalité, qui nous a vite repérés et nous donne toute sorte d’informations utiles, en plus d’une carte de la ville. Suivant ses conseils, nous visiterons le musée de l’ambre, puis celui du jade; magnifique spécimens exposés dans ces deux musées.
Pendant notre repas dans un resto, une adolescente de 14 ans, aux allures de petite fille, nous tient son baratin avec un talent fou pour la vente. Elle s’exprime en français, qu’elle a appris au contact des touristes, dit-elle. L’un des états les plus pauvres, le Chiapas est le royaume de la débrouille; plusieurs enfants, parfois très jeunes, contribuent au revenu familial en vendant aux touristes l’artisanat qu’eux-mêmes et/ou leurs parents fabriquent. Tous les enfants auxquels nous avons posé la question nous disent qu’ils vont à l’école, mais il est permis d’en douter parfois, en constatant l’heure précoce de la matinée (ici, l’école se termine souvent vers midi). Que de talent gaspillé, tout de même! Nous succombons au charme de Cristina et lui achetons de ses petites poupées aimantées.
Le Mercado Abierto de Artesanias Indigenas est plein de produits venant des alentours, même de villages du Guatemala; très colorés. Les étalages sont beaux. Quelques achats sont inévitables! Une visite au musée de la médecine maya terminera cette belle journée; nous y verrons un accouchement effectué avec l’aide d’une sage-femme, la mère agenouillée entre les jambes de son mari, lui-même assis, qui enserre le ventre avec ses jambes, effectuant ainsi un massage bénéfique. Nous apprendrons aussi quelques notions des traitements effectués par les « guérisseurs », mélange de traitements médicinaux aux herbes, de prières et d’incantations accompagnées de mouvements corporels et d’un allumage rituel de bougies (forme, grosseur et quantité des bougies variant selon le type de maladie et/ou de demande), de purifications à l’aide de Coca-cola ou autre boissons gazeuses (les rots font « sortir le méchant »). Nous nous préparons sans le savoir à notre visite à l’église de Chamula où nous serons témoins de ces rites religieux.
Mercredi 04-03-2009- ZINACANTAN ET CHAMULA
En taxi et en « colectivo », nous nous rendons successivement dans deux villages d’origine tzotzile, un groupe ethnique maya. Ces villages sont situés à une dizaine de kilomètres de San Cristobal et, comme dans toutes les communes tzetzales et tzotziles des hautes terres du Chiapas, les habitants conservent leurs anciennes traditions politico-religieuses et sociales. Leur habillement quotidien est caractéristique; tous, adultes comme enfants, portent le costume traditionnel en lainage noir, magnifiquement brodé, dans des teintes qui changent à chaque année (bleu cette année), mais qui sont uniformes pour une année donnée.
À Zinacantan, nous sommes accueillis par une demi-douzaine de jeunes adolescentes. Elles désirent toutes nous convaincre de les suivre chez elles, pour nous faire voir les tissages et les broderies réalisés par leur mère et nous faire goûter la cuisine locale. Incapables d’en décevoir l’une plus que l’autre, nous nous séparons en 3 groupes; Suzanne, Bernard, Lisette et Stéphane iront chez Lucia, chacun des deux autres couples en suivant deux autres. Tous reviendront avec des articles achetés dans ces boutiques qui n’en ont pas l’air, puisque nous pénétrons dans l’espace de vie de la famille.
Lucia est proactive : elle insiste pour que nous revêtions des vêtements traditionnels; Bernard et Suzanne revêteront les habits des mariés, tandis que Lisette et Stéphane auront le rôle et les habits des parents des mariés; elle prend notre photo et accepte ensuite que nous la photographions avec sa mère et ses sœurs; son jeune frère, lui, ne veut pas être inclus; le père est pour sa part plutôt fuyant. Nous goûtons quelques tortillas, avec fromage-maison et graines de citrouille moulues. Une expérience et des personnes dont nous nous souviendrons. Lucia Perez Perez a 14 ans, est en secondaire III et veut poursuivre ses études afin d’être maîtresse d’école. Nous lui souhaitons de réussir, et surtout, de ne pas perdre la petite flamme dans son regard. Certaines de ces femmes tzotziles, qui arpentent les rues des grandes villes de la péninsule du Yucatan pour vendre leur artisanat, ont le regard complètement éteint et semblent avoir perdu toute joie. On voit même ce regard abattu chez certains enfants, visiblement affectés par un sort auquel il est difficile d’échapper; on peut penser qu’il soit pénible à certains d’affronter les refus répétés des touristes, certainement plus fréquents que les ventes effectives.
À Chamula, le Templo de San Juan Bautista est un phénomène intéressant et un peu troublant. Des rites païens mayas fusionnent avec la religion catholique, brisant tous les schémas établis par l’Église occidentale. À l’intérieur de chaque côté, il y a une quarantaine de statues de saints, parés selon les anciennes traditions indiennes : rubans de couleurs et, pendus à leur cou, miroirs symbolisant l’œil sacré qui voit tout. Il n’y a ni prêtre ni messes; chacun va prier son saint préféré, debout devant la statue ou agenouillé par terre; il n’y a aucun banc dans l’église, qui sert surtout à des exorcismes et guérisons de chamans. Il y a une multitude de cierges allumés sur des tables ou bien par terre, pour les raisons qu’on nous a expliqués hier au musée maya. On entend les gens prier en récitant dans leur langue des litanies interminables. Avec un enfant ou une poule dans les bras (rite de purification), ils boivent aussi du coca-cola; comme mentionné précédemment, il s’agit d’expulser les mauvais esprits. À Zinacantan, les gens préféraient le pepsi tout en ayant une pratique religieuse plus près du catholicisme traditionnel.
Jeudi 05-03-2009- SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS-AGUA AZUL – 160 km
Rivières, vallées, montagnes, forêts, grottes, cascades, côtes et plaines forment l’environnement naturel du Chiapas, l’un des plus fascinants états du Mexique. Nous découvrons cette nature très verdoyante et variée sur notre route vers Agua Azul, assurément l’une des plus belles depuis le début du voyage. Le Chiapas compte plus de cent rivières qui, à travers de quatre grandes branches, parcourent l’état du nord au sud et d’est en ouest; elles représentent le tiers du réseau fluvial de tout le pays. Le courant de leurs eaux a donné naissance à de nombreuses cascades, dont celle où nous conduit notre descente vers des lieux moins élevés que San Cristobal. Agua Azul, splendide cascade sur la rivière Tulija ou Shumulija, porte bien son nom : elle est d’un bleu variant entre le turquoise et celui du « bleu à laver », ce qui n’est pas sans nous rappeler la couleur de certains lacs et rivières albertains. Elle tombe d’une grande hauteur, par paliers successifs, en formant des piscines naturelles, dans lesquelles il est possible de se baigner. La cascade est bordée d’un sentier aménagé qui, sous un couvert verdoyant, la longe sur plus d’un kilomètre ; le désavantage est que ce sentier est aussi bordé de restaurants et boutiques de souvenirs, ce qui enlève malheureusement à l’aspect sauvage des lieux. Néanmoins, en choisissant de se concentrer sur la rivière, on peut encore apprécier la beauté de ce paysage merveilleux.
Nous camperons sur le site. Nos voisins sont des Italiens d’un certain âge (ça veut maintenant dire un peu plus que le nôtre!), voyageant dans deux campers assez robustes aux allures de chars d’assaut. Leur périple a débuté en janvier 2008, la traversée les menant d’abord à Buenos Aires; de là, ils sont allés jusqu’à la Terre de Feu, avant de remonter vers le Mexique par la côte Pacifique de l’Amérique du sud. Ils comptent remonter la côte ouest des États-Unis jusqu’en Alaska; leur voyage, partiellement commandité par toutes sortes d’entreprises italiennes et internationales, devrait se terminer à New York en décembre 2009. Comme quoi les voyages forment la vieillesse!
Vendredi 06-03-2009- AGUA AZUL- PALENQUE– 75 km
En route vers Palenque, nous dînerons à la cascade de Misol-Ha. D’une grande hauteur, cette chute se précipite dans un bassin en cuvette. Un sentier passe entre la chute et la paroi rocheuse et mène dans une grotte où il y a une autre cascade. Ceux d’entre nous qui se sont rendus à la grotte ont pu, sous la houlette d’un guide, entendre le bruit assourdissant de la cascade intérieure et apercevoir les grappes de chauves-souris qui habitent les lieux. Cette chute et ce bassin sont célèbres pour être ceux où plongeait Tarzan, dans la version originale du film (1939).
Dix-huit kilomètres plus loin, nous voici au camping de l’hôtel-restaurant Mayabell, près des ruines de Palenque. L’un des plus beaux et des plus agréables campings où nous ayons séjourné au Mexique. La piscine est sertie dans un décor de nature tropicale et est fort appréciée. Nos voisins du site d’en face sont les Church (Terri et Mike), les auteurs de la bible sur les campings mexicains. D’ailleurs, ils étaient aussi nos voisins à Oaxaca et nous les avons croisés dans les rues de San Cristobal. Nous découvrons qu’ils se passionnent depuis peu pour l’ornithologie. Ce couple a aussi écrit un volume sur les campings en Alaska et en Europe; ils ont leur propre maison d’édition. Nous sommes jaloux de leur connexion internet par satellite. Constamment sur la route, ils doivent disposer de cet outil sophistiqué; ils voyagent cependant dans un motorisé assez modeste (caravane pilée ou portée), en tirant une jeep qui facilite leurs déplacements locaux. Ils complètent actuellement leur grande tournée du Mexique, en vue d’une mise à jour de leur livre, à paraître en 2009.
Nous avons aussi fait la connaissance de Bonnie et Jim, de St-John, Terre-Neuve. Ils ont acheté, d’un ami, un motorisé dont ils ont pris possession au Texas, avant de le traverser au Mexique; ils comptent le remiser au Texas et prendre l’avion pour rentrer. Lui est marchand de bateaux (plaisance, pêche et utilitaires) et fait aussi ses affaires par Internet, même en vacances; il doit être assez bon vendeur car il a déjà vendu un brise-glaces au Bangladesh!
Tous les soirs de 20h00 à 22h00, il y a des musiciens qui présentent leur numéro au restaurant-palapa situé à proximité de nos sites de camping. Durant les trois soirs où nous camperons là, au moins une heure sur deux procurera un bon spectacle. Mais, le concert par excellence, celui qui nous impressionnera le plus, c’est celui que nous font les singes-hurleurs, chaque nuit vers le petit matin : les « machos », les chefs de bande de cette variété de singes plutôt délicats, émettent un son unique, un grondement très puissant qui évoque le rugissement d’un féroce félin, et qui peut s’entendre à deux kilomètres la ronde. Ils habitent la forêt qui encercle le camping et le site archéologique et c’est donc d’assez près que nous les entendons; malheureusement, nous n’avons pas réussi à les voir; mais on nous dit qu’ils sont à peine plus gros que ceux que nous avons photographiés à distance lors de notre excursion dans le Canyon del Sumidero (voir la photo sur l’album no 8)
Samedi 07-03-2009- PALENQUE
Journée consacrée à la visite des ruines de Palenque, inscrites au Patrimoine mondial de l’humanité depuis une vingtaine d’années. Ce site archéologique est l’un des plus remarquables spécimens de l’art maya. Dès le 18è siècle, les Européens connaissaient l’existence d’une cité enfouie au cœur de la forêt et de célèbres voyageurs du 19è siècle ont laissé des témoignages concernant les merveilles architecturales qu’ils avaient découvertes. Entre les années 600 et 900 de notre ère, désignée comme la Période classique de l’histoire de la Méso-Amérique, Palenque fut la capitale d’une zone très étendue. Elle connut son apogée au 7è siècle de notre ère, notamment sous le règne du roi Pakal (Bouclier solaire), qui la gouverna de 680 à 720 et auquel succéda son fils aîné, Chan Bahlum (Serpent-Jaguar). C’est à cette époque qu’a été construit le Temple des Inscriptions, grandiose pyramide à huit corps superposés, qui fut pour les archéologues, une véritable mine de découvertes et d’informations, notamment par les inscriptions en fins bas-reliefs de la partie haute. Du sanctuaire érigé au sommet de la pyramide, un escalier descend jusqu’à une crypte scellée d’une pierre triangulaire, découverte en 1952, au centre de laquelle se trouvait le sarcophage du roi Pakal, lui même couvert d’une pierre monolithique sculptée; c’est le monument funéraire le plus spectaculaire du Mexique préhispanique et on en trouve une reproduction au Musée national d’Anthropologie à Mexico; le monolithe original est conservé au Musée du site de Palenque, sous verre, à température contrôlée, et on peut la voir à travers une paroi de verre qui épouse la forme et les dessins de la tombe originale
Située dans les collines, la zone archéologique correspond au centre cérémoniel de la grande cité maya et couvre une superficie de 500 mètres par 300 mètres ; les experts pensent que la cité pouvait s’étendre sur une longueur de 8 kilomètres, la majorité des bâtiments demeurant encore enfouis sous la forêt qui les a grignotés et recouverts après le déclin de la ville. C’est donc dans la forêt que débute la visite que nous faisons avec Juan, le guide que nous engageons; celui-ci s’exprime en espagnol, mais aura la gentillesse de parler lentement, avec des mots simples, sans néanmoins lésiner sur les informations. Dans la forêt, Juan, dont le grand-père est botaniste, nous identifie les espèces d’arbres les plus précieuses (ceiba ou fromager, l’arbre sacré des Mayas, cèdre rouge, cèdre blanc, palo mulato; il nous indique aussi le laurier –immense, rien à voir avec nos lauriers-roses-, l’amargosa, l’arbre à caoutchouc (je ne sais pas s’il s’agit du hévéa ou d’une autre variété), etc. C’est de ce latex que se servaient les Mayas pour fabriquer le stuc qu’ils utilisaient pour les fresques dont ils ornaient leurs temples et bâtiments : caoutchouc, sable, pierre moulue, coquillages réduits en poudre et eau, voilà la recette! Nous sommes en forêt tropicale et les arbres sont couverts de diverses plantes épiphytes; Manon et Joanne en profitent pour tenter une imitation de Jane et se balancer grâce aux lianes!
Outre le Temple des Inscriptions, nous voyons avec Juan le temple de la Tête de mort, le Temple de la Croix, le Temple de la Croix foliée, le Temple du Soleil; nous admirons certaines techniques de construction : l’arc maya, sans pierre de voûte, construit avec des pierres en forme de L, qui s’imbriquent les unes dans les autres de telle manière qu’elles sont une clé l’une pour l’autre et que chaque côté de l’arc est autoportant, un côté pouvant s’effondrer sans que l’autre n’en soit affecté; trous de ventilation en forme de T ( signe du dieu des vents); trou dans les immenses blocs de faîte, révélant que les pierres étaient palantées jusqu’au sommet. Nous visitons le Palais, construit durant plus de quatre siècles pour servir de résidence aux rois de Palenque. Reposant sur un soubassement en forme de trapèze de 100 mètres de long par 80 mètres de large, il s’agit d’un assemblage de patios, galeries et chambres, dominé par une tour carrée de quatre étages, laquelle servait peut-être de poste d’observation astronomique ou de poste de guet; on trouve, dans ce Palais, des bains de vapeur, des « toilettes », un système de drainage, des trous ménagés dans le sol amenant l’eau vers un grand aqueduc souterrain. Dans la cour, on admire un magnifique bas-relief, qui représente la mère de Pakal lui remettant un grand panache, symbole du pouvoir.
Dans toutes ces constructions, qui s’articulent autour d’une grande place, la représentation de la figure humaine est une constante que l’on retrouve sur les stèles, sur les linteaux adossés aux murs et sur les reliefs modelés en stuc. Le Musée du site expose aussi une quantité d’objets découverts lors des fouilles, notamment des têtes en stuc, et aussi des masques en jade et en nacre trouvés parmi les offrandes funéraires. Tout cela révèle l’idée que les Mayas se faisaient de la beauté : crâne allongé, yeux en amande, nez aquilin, front large et petit menton. Ils pratiquaient volontairement une déformation du crâne (en appliquant des pierres plates tenues en étau de chaque côté de la tête), peu après la naissance pour obtenir cette déformation allongée du crâne; dans leurs croyances, l’homme émergeait de l’épi de maïs et la coiffe que portaient les nobles évoque d’ailleurs le feuillage du maïs, plante sacrée, associée à l’astre et au dieu solaire; l’homme dont le crâne était allongé était réputé béni et proche des dieux, plus proche du supra-monde que de l’inframonde. Ils provoquaient aussi (ou ainsi?) le strabisme, également considéré comme un critère de beauté. Les personnes qui naissaient avec ces caractéristiques, notamment ceux atteint de trisomie 21, étaient respectées et traitées avec déférence.
À la fin de notre visite avec Juan, nous sommes approchés par une archéologue française, qui vit au Mexique depuis dix ans, et qui, en lien avec l’Unesco, s’implique auprès de communautés mayas du Chiapas. Elle veut notre collaboration pour répondre à une enquête, objet de sa recherche. Nous la questionnons à notre tour, car nous constatons, en tentant de répondre à ses questions, que nous savons encore peu de choses des Mayas d’aujourd’hui. En route vers Palenque, nous avions traversé une grande et jolie communauté agricole, dont les lots étaient délimités par des clôtures en bois; au point d’entrée de cette agglomération, il y avait une affiche disant que ces terres avaient été récupérées en 93-94; au Chiapas, dans l’année précédente, il y avait eu des révoltes et des revendications qui, nous confirme notre archéologue, ont abouti à ces accords. Mais, les Indiens du Chiapas estiment recevoir moins du fédéral que les autres états du Mexique qui attirent les touristes. De plus, selon des recherches, il semble que 80% des dépenses faites par les touristes au Chiapas ne profitent pas aux habitants de cet état, ne restent pas chez eux. C’est ce qui explique que l’attitude de certains indiens, surtout au Chiapas ne soient pas toujours amicale envers les touristes.
Nous terminons notre journée en marchant vers le Musée, qui est situé près de notre camping. Ceci nous permet de voir encore certaines ruines, excentriques par rapport à celles du centre cérémoniel, ruines qui correspondent à ce qui reste des habitations de ceux qui n’appartenaient pas à la classe des nobles et des prêtres. La piscine est à l’honneur au retour! Comme souvent, une vague odeur de pot flotte dans l’air à proximité de la piscine. On doit mentionner que le camping comporte une zone réservée aux « marcheurs », qui dorment, soit sous la tente, soit dans le hamac suspendu dans la petite palapa qui occupe chacun des sites de cette zone (un peu comme le lean-to de certains « state parks » américains). Plus de jeunes bohèmes et aussi, de vieux beatniks, dans cette zone du camping qui est fort typique et bien aménagée.
Dimanche 08-03-2009- PALENQUE
En cette Journée internationale de la femme, corvée de lavage et de ménage en matinée. Heureusement, farniente et lecture en après-midi!
Dernière note : au départ de Palenque, Stéphane aperçoit une publicité devant le concessionnaire VW; une Jetta neuve à 120 000 pesos (environ 11 000$cdn). Il voudrait bien en exporter une au Québec à ce prix-là!
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